Hollywood Accounting : quand les Majors trafiquent (légalement) les comptes

Il arrive que les Majors rechignent à verser la part des bénéfices due aux acteurs ou aux réalisateurs dans leurs contrats, au motif que le film n’a fait aucun bénéfice. A peine croyable, et pourtant…Le nom de cette pratique ? Hollywood Accounting.

Dévoilée début avril dernier, l’information fut pour le moins discrète, coincée entre deux news sur Avengers 2. Plus de 20 ans après sa participation au film Quoi de neuf Bob ? en 1991, un film produit par Touchstone, filiale de Disney, le comédien Richard Dreyfuss attaquait en justice pour rupture de contrat la firme aux grandes oreilles. Motif ? La Major a empêché la société d’experts comptables mandatée par l’acteur, Robinson & Company, d’avoir accès aux livres de comptes de l’époque et faire ainsi un audit, qui permettrait à l’acteur de réclamer des royalties non versés par la Major. La veuve du producteur du film Turner & Hooch (1989), Raymond Wagner, s’est également jointe à l’action en justice.

Selon une source citée par le toujours bien informé site Deadline, le cabinet Robinson & Company a en effet “la réputation d’être très agressif et efficace, réputé pour récupérer au nom de ses clients d’importantes sommes d’argent”. Selon une source proche du dossier, citée également par le site Deadline, “c’est une affaire dans laquelle les comptes sont tellement compliqués qu’une action légale ordinaire demandant une sommes fixe pour les plaignants est tout bonnement impossible”.

Selon les plaignants, Disney préfèrerait passer par un des “Big 4”; soit un des quatres grands cabinets d’audits (Ernst & Young, KPMG, PricewaterhouseCoopers et Deloitte) tout simplement parce que ces cabinets ne comprennent rien au Hollywood Accounting. L’intégralité de la plainte est lisible ici.

Une vieille pratique Hollywoodienne

Richard Dreyfuss ajoute malheureusement son nom à la longue liste des victimes des pratiques comptables des Majors que l’on appelle le Hollywood Accounting. Une vieille pratique, moralement très douteuse, mais néanmoins…légale. De quoi s’agit-il ?

L’idée, c’est de gonfler le plus possible le montant des frais dits “généraux” d’un film, grâce à une société montée pour l’occasion, qui va absorber ces dépenses. Une somme qui est donc déduite des profits générés grâce aux recettes du film au Box Office. Cette méthode permet ainsi aux Majors de réduire notamment le montant des Royalties à verser (voire les éliminant). Ca vous semble obscure ? Les exemples pour illustrer ne manquent pas… Car à Hollywood, on ne compte plus les victimes de ces pratiques, des acteurs aux scénaristes notamment, mais pas seulement.

Le pouvoir du Hollywood Accounting, plus fort que Dark Vador

Le plus fameux exemple est celui de David Prowse, alias Dark Vador dans la première trilogie Star Wars. L’acteur s’est plaint en 2009 d’avoir été floué dans le contrat signé pour Le Retour du Jedi. Contrat qui prévoyait un pourcentage qu’il devait toucher sur les profits nets générés par le film, qui a engrangé pas moins de 475 millions de dollars à sa sortie. Hormis son cachet d’acteur bien entendu, Prowse n’a pas vu la couleur d’un Cents de ce fameux pourcentage… “Je reçois occasionnellement des lettres de Lucasfilm, me disant qu’ils ont le regret de m’informer que Le Retour du Jedi n’a jamais généré de profits, et qu’ils n’ont par conséquent rien à m’envoyer. On parle de l’une des plus grosses sorties de tous les temps ! “ déclarait David Prowse, légitimement amer; “je ne voudrais pas avoir l’air d’abuser, mais s’il y a un pot d’or quelque part et que j’ai droit à une part, j’aimerai bien le voir”. Devant ses demandes, le retour de manivelle ne s’est pas fait attendre. En 2010, il s’est fait interdire par LucasFilm (et par extension George Lucas) de toute Convention star Wars ou manifestation organisées autour de la saga…Ambiance.

Comment un film qui a récolté 475 millions de $ au BO (sur un budget de 32 millions) peut-il n’avoir très officiellement aucun profit à distribuer ? Le Hollywood Accounting est passé par là. En fait, les Majors mettent le plus souvent sur pied une société pour chaque film qu’elles produisent. Comme n’importe quelle société, elle calcule ses profits en soustrayant les dépenses des revenus. Le studio charge alors cette société / entité avec d’énormes frais, qui couvrent / camouflent ainsi les revenus des films. D’un point de vue comptable, le film devient un “Money Loser”, et n’a donc techniquement pas de profits à reverser…Tout est bon pour gonfler ces fameux frais généraux, que ce soit à la production, au marketing ou à la distribution.

Un coup de baguette magique

Un exemple plus récent concerne le film Harry Potter et l’Ordre du Phénix, sorti en 2007 et produit par Warner. On parle donc d’un film qui a engrangé au Box Office mondial près de 940 millions de $, pour un budget de 150 millions environ. Très officiellement, le film est en fait… Déficitaire; de 167 millions de $ très exactement. Oui oui, vous avez bien lu. Hallucinant. En 2010, le site Deadline avait pu mettre la main sur une facture de la Major. On peut y voir que le studio a chargé environ 350 millions de $ dans les frais de distribution, publicité et autres à cette société externe.

La facture, ci-dessous. Regardez à la ligne Defined Proceeds (Deficit), vers le bas : vous trouverez les 167 millions de $.

Comme le déclarait une source proche du dossier au journaliste du site Deadline, Mike Fleming Jr : “avec un tel système, aucun studio ne paiera jamais les participants du film sur la base des revenus nets. C’est une illusion qui a été inventée pour donner le sentiment aux scénaristes, aux acteurs et réalisateurs Low Level qu’ils ont un intérêt dans le jeu”.

Ces acrobaties comptables ne sont pas l’apanage de Disney ou Warner. Toutes les Majors sont concernées. Telle la Paramount, poursuivie en justice avec succès par Art Buchwald, qui accusa le studio de lui avoir volé le script ainsi que pour non versement de la participation sur les résultats nets du film Un Prince à New York. Paramount préféra lâcher finalement un chèque de 900.000 $ plutôt que de voir la partie adverse plonger son nez dans les livres de comptes… Reste que cet arrangement n’empêcha pas le juge de l’époque de trouver ces méthodes comptables “extravagantes et immorales”.

D’autres exemples pour la route ? Winston Groom. Auteur de la nouvelle qui donnera Forrest Gump, son contrat prévoyait 3% des bénéfices nets générés par le futur film. En raison du Hollywood Accounting, qui passa les recettes du films en pertes nettes, Groom ne reçu que 350.000 $ pour les droits, avec un rab de 250.000 $ un peu plus tard. On parle d’un film qui a ramassé plus de 677 millions au BO mondial.

Stan Lee, co-créateur du personnage Spider-Man, avait un contrat lui garantissant 10% des profits nets sur tout ce qui utilisait ses créations; donc films compris. Le film de Sam Raimi a généré plus de 820 millions de $ de recettes au Box office mondial. Mais la production affirma que le film n’avait en réalité réalisé aucun profit tel que le prévoyait le contrat de Stan Lee, et par conséquent ne lui versa rien. En 2002, Stan Lee engagea des poursuites contre Marvel Comics.

En 2007, un article du journal USA Today faisait carrément état de 15 acteurs ayant joué dans Le Seigneur des Anneaux, poursuivant en justice New Line Cinema pour rupture de contrat, et réclamer la part des 5% sur les bénéfices nets générés par le Merchandising, qui a en effet rapporté plus de 100 millions de $. Deux ans auparavant, c’est même Peter Jackson via sa société Wingnut Films qui attaqua New Line Cinema, estimant avoir été lésé par des pratiques comptables le privant de bénéfices potentiels, incluant d’ailleurs les revenus générés par les ventes DVD du Seigneur des Anneaux – la Communauté de l’Anneau. Et quitte à charger la mule, autant le faire jusqu’au bout. La Fondation Tolkien intenta en 2008 un procès à New Line, au motif que son contrat prévoyait le versement de 7,5% des recettes brutes d’une saga qui a quand même rapporté 6 milliards de dollars. A Hollywood, on aime décidément pas trop partager les parts du gâteau. Surtout s’il est gros.

En temps normal, le but d’une société est de maximiser les profits en limitant les coûts. C’est dans sa nature. Avec le Hollywood Accounting, les Majors, elles, cherchent à gonfler les pertes en maximisant les coûts (des frais généraux). Une pratique qui a sans doute encore de beaux jours devant elle…

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